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Conseil municipal du 28 septembre 2018 (6)

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10 octobre 2018
Alain Lipietz

Babilou Land

Sous prétexte de se tirer d’un portage foncier toxique, le maire prépare une nouvelle opération en faveur de Babilou et enferme Villejuif dans le logiciel de cette firme.

Le « portage toxique » noué entre Mme Cordillot et le SAF sur le terrain vague 102 rue Ambroise Croizat n’en finit pas d’empoisonner Villejuif. Malgré 328 000 euros de subventions, le projet d’EPHAD Coallia qui devait y être construit jette l’éponge. Le remplace un projet du promoteur Ceprom et de … Babilou. La Ville, en signant un partenariat avec le réseau « 1001 crèches » s’inscrit de fait dans le système Babilou dont elle ne pourra plus sortir.

Le portage reste toxique

Quand l’Union citoyenne est arrivée aux manettes de la Ville en 2014, Natalie Gandois, alors première adjointe en charge du logement, s’est réjouie de pouvoir construire un EPHAD (hébergement médicalisé pour personnes âgées) au 102 rue Ambroise Croizat. En 2011, la maire sortante C. Cordillot l’avait vendu au Syndicat d’Action Foncière pour 1,7 millions, ce qui avait soulagé les finances de la Ville avant les élections de 2014. Maintenant la Ville devait le racheter au même prix pour le revendre à Coallia, association spécialisée dans le social et le medico-social.

Hélas... Natalie s’est aperçue que ce terrain, pollué, était invendable à ce prix. Mme Cordillot avait réalisé un de ces classiques « portage toxique » : une ville se fait payer une forte somme, pour un terrain qui vaut nettement moins, par une Agence foncière amie (contrôlée dans le cas du SAF par un élu communiste villejuifois), mais les problèmes se posent au moment de le racheter. Toutes les explications furent données par l’enquête de Natalie, ici. Résumé :

  • Loin d’intervenir pour préempter des terrains et permettre à la municipalité d’en prendre le contrôle, le SAF a acheté, début 2011, deux terrains (le 102 et le 107) à la ville de Villejuif… qui les possédait déjà, terrains à racheter au lendemain des élections municipales de 2014.
  • Loin de geler le prix de ces terrains, le SAF les a rachetés à la municipalité deux à trois fois plus cher qu’elle les avait achetés, et nous oblige à les racheter à ce prix élevé.
  • Loin d’avoir fait dépolluer le 102, Mme Cordillot a accepté un devis et une facture qui excluaient cette dépollution : vendu au prix du terrain propre, ce terrain est en fait inutilisable.

Que faire ? La Ville a voté successivement 152 000 puis 176 000 euros de subvention à l’EPHAD, mais cela n’a pas suffi. Coallia, réticent dès l’origine, vient de renoncer à construire l’EPHAD et on se retrouve avec sur les bras un terrain qui nous coute 1,7 millions et qui est pollué (coût estimé de la mise en constructibilité : 700 000 euros). Le rapport 203, voté ce jour, entérine la situation et abroge la vente à Coallia.

Un chevalier blanc pas très propre

C’est que le maire a déniché un « chevalier blanc » volant au secours de la Ville : le Ceprom, promoteur immobilier ordinaire, qui propose de construire ici pour la Caisse des Dépots-Habitat une résidence sociale pour personnes âgées de 132 logements… et pour Babilou une crèche de 50 berceaux. Ceprom rachète le 102 rue A. Croizat pour 1,9 millions et prend pour lui le coût de la dépollution. Et le rapport 204 accepte de vendre le 102 rue Ambroise Croizat à Ceprom.

Comment est-ce possible ? Simplement que Ceprom est une entreprise capitaliste visant la rentabilité, que les résidences sociales pour personnes âgées de la Caisse des dépôts sont rentables, et Babilou, multinationale du berceau de même. Alors que des EPHAD associatifs sont condamnés à être subventionnés. Ceprom revendra ses constructions à un prix couvrant largement le terrain + la dépollution.

Attention ! Nous n’avons rien contre les résidences sociales (non médicalisées) pour retraités ! Il en faut tout autant que des EPHAD. Le problème, c’est Babilou.

On nous a déjà fait le coup en 2016 : Babilou, entreprise de crèches multinationale fort lucrative, se voit attribuer un local par le maire dans un marché de gré à gré (sans appel d’offre). Puis le maire lance un appel d’offre « Villejuif souhaite acquérir X berceaux dans ce quartier. » Evidemment Babilou emporte le marché : une autre entreprise de crèche, privée ou associative peut sans doute fournir mieux à coût plus avantageux pour la Ville, mais non, ce sera Babilou, car Babilou possède déjà le local. N’est-ce pas du favoritisme ?

Cette manœuvre, repérée en décembre 2016, est donc en passe de se reproduire. À l’époque, notre élue Monique Lambert-Dauvergne avait durement critiqué cette attribution à Babilou, au détriment du projet de crèche parentale (promise par l’Union citoyenne) dans les deux petites maisons à l’arrière de la Bourse du Travail. Ce soir elle recommence sous un angle différent :

« De jeunes parents villejuifois, rencontrés en début de mandat, avaient commencé à construire un projet de crèche parentale.
Ils étaient très motivés et leur projet commençait à prendre forme.
Malheureusement, depuis notre départ, ils n’ont reçu aucune nouvelle de l’adjointe à la petite enfance.
Une crèche parentale ce sont des habitants qui créent une dynamique collective pour agir ensemble. C’est le contraire de Babilou qui a été crée par un trader pour rentabiliser un secteur qui relevait jusqu’à maintenant du secteur public.
Est-ce normal que l’argent public enrichisse les actionnaires de Babilou comme la Société Générale et la BNP ? »

Cette fois elle touche au cœur et au cerveau de la vieille gauche socialiste et communiste, qui avait voté sans état d’âme, Mme Cordillot en tête, en faveur de la manœuvre de 2016. Aujourd’hui elle vote avec nous contre la mainmise de Babilou sur les crèches de Villejuif.

Coincés dans le logiciel « 1001 crèches »

Car ce n’est pas fini. Le rapport 304 signe un projet de partenariat pour les parents villejuifois salariés d’entreprises en d’autres lieux, dans le cadre du « Réseau 1001 crèches ». C’est astucieux : une bourse d’échange de berceaux. Une entreprise, mettons, parisienne, au lieu de financer une crèche chez elle, crèche défiscalisée à 50% par le « crédit d’impôt famille », finance des berceaux à proximité du domicile villejuifois d’un des parents, salarié chez elle. Ça devrait être une institution nationale ou au moins régionale.

Et bien non. Les « 1001 crèches », c’est privé et c’est encore Babilou. Et, dit le rapport :

« L’engagement de la municipalité́ sera alors de garantir une réponse anticipée à 1001 Crèches qui devra avoir sollicité́ la Ville en amont des commissions d’attribution pour l’accueil des enfants concernés, afin d’obtenir l’engagement ferme de la famille et de l’entreprise qui cofinanceront le berceau. »

Ces berceaux « 1001 crèches » ne peuvent donc être assimilés à ceux en attribution directe par la Ville : ils s’en retranchent, car ils passent avant. Prudent, le maire propose de commencer avec… 1 à 5 berceaux réservés à « 1001 Crèches » pour trois ans.

Mais évidemment, à partir de là, il sera tentant de tout attribuer à l’avenir à Babilou et son réseau « 1001 crèches » : la plupart des berceaux existants sur la Ville et de ceux à construire. Ce n’est pas écrit noir sur blanc, mais c’est comme pour les ordinateurs : si vous achetez un IBM-PC sous Microsoft, vous aurez tendance à n’acheter que du Microsoft, et pareil si vous avez acheté un Mac ou iPad, vous n’achèterez que des produits Apple pour aller avec.

Cette fois, la moutarde monte au nez de Mme Cordillot…

Nous votons contre. Non que nous refusions les crèches privées (aux cotés des crèches publiques et des crèches parentales), ni un système de financement direct par une entreprise parisienne de berceaux pour ses salariés habitant Villejuif. Mais pour ne pas être pieds et poings liés à une multinationale privée dans la politique villejuifoise d’accueil de la petite enfance.

***

Le compte-rendu du conseil municipal du 28 septembre est en sept parties :

1. F. Le Bohellec enterre symboliquement l’Union citoyenne.

2. Fin de la mosquée du Bas de la côte, rupture entre le maire et l’Association des Musulmans de Villejuif

3. Affaire de la Halle des sports : le maire remet une pièce dans la machine

4. Tsunami de nouveaux projets immobiliers sur Villejuif

5. Kaufman&Broad City

6. Babilou Land

7. Lamartine, ZAC, PUP

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