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8 octobre 2017
Alain Lipietz

Bourse du travail : le maire s’embourbe (2 : son tract à la population)

Dans un tract actuellement distribué à toute la ville aux frais des Villejuifois, Franck le Bohellec tente désespérément de se disculper de ses fautes vis-à-vis de la Bourse du travail. Mise au point.

Dans notre article précédent, nous avons décortiqué la réponse de Franck le Bohellec aux élus qui l’interpelaient, et nous avons mesuré l’ampleur des fautes de service et des délits commis par lui dans toute l’affaire de la Bourse du travail. Voyons maintenant comment il présente la chose aux Villejuifois.

Un tract politicien LR

Voici ce tract, pour ceux qui ne l’ont pas eu dans leur boite aux lettres :

PDF - 758.7 ko
Le tract de F. le Bohellec

Bien sûr qu’un maire peut communiquer par circulaires avec les habitants, sur le budget de la ville, quand il explique la politique municipale. Bien sûr qu’un parti politique a le droit de distribuer un tract à ses frais. Mais ici Franck le Bohellec se comporte en chef local de son parti (Les Républicains) pour reprendre, avec l’argent des contribuables, le tissu de mensonges qu’il a déjà fait imprimer dans le journal de la Ville (en décalant de 3 semaines sa parution, compromettant toutes les festivités de la rentrée.)

Franck le Bohellec se présente comme « un maire qui se consacre pleinement aux dossiers de la ville. » En effet, c’était le cas la première année (encore qu’il ait conservé son entreprise). Puis il s’est mis à cumuler les postes et les rémunérations : Conseil régional, Conseil de la Métropole, Conseil du Grand Orly Seine Bièvre, et on ne sait plus quoi encore. Inutile de s’égosiller contre les méfaits du cumul : comparez la ville aujourd’hui aux espoirs de 2015…

Il conclut en vantant « l’exemplarité , la transparence et une gestion saine et rigoureuse »… Mais depuis 2016 sa gestion est sous le coup d’un nombre incalculable de plaintes et signalements à la Procureure de le République, pour chantage, favoritisme, harcèlement, diffamation…

Ce tract LR, il vise quoi ? « Des élus PCF-Front de Gauche », qu’il "condamne fermement ".

Ah, c’est facile ! Les Villejuifois ayant congédié en 2014 une équipe à direction communiste, la droite s’imagine aujourd’hui qu’il suffit de brandir l’épouvantail communiste pour se mettre les habitants dans la poche. Sauf que la nouvelle équipe élue en 2014, L’Union citoyenne, comprenait 4 listes de poids comparables et que F. le Bohellec a trouvé le moyen de rompre avec les 3 autres têtes de listes, découragés les unes après les autres par la trahison de tous les engagements de 2014. Aujourd’hui, son parti ne représente plus que 11,27 % des Villejuifois qui ont encore le cœur à voter… Et avec ces 11 %, il prétend s’octroyer la mainmise sur tous les biens municipaux.

Un hors-la-loi fait la quasi-unanimité contre lui

Dans l’affaire de la Bourse du travail, le maire a en face de lui, non-seulement tous les syndicats (de la CFDT à la CGT en passant par les enseignants, FO ou Solidaires), mais aussi toutes les tendances politiques de Villejuif autres que la sienne, qui ont écrit au Préfet une lettre commune :

-  toutes les autres têtes de listes des municipales de 2014, y compris ses alliés du second tour (Natalie Gandais, P. Vidal et JF Harel),

-  presque tous les partis représentés au conseil municipal : EELV et les associatifs de L’Avenir à Villejuif, le PCF, le PS, le MRC,

-  et même les deux partis finalistes des législatives de Juin dernier, qui n’existaient pas en 2014 : La République en Marche et la France Insoumise !

Un cas de quasi-unanimité unique en France, face à un homme et ce qui lui reste de partisans, devenus électrons libres de toute attache démocratique. Et même de tout attachement à la légalité !

Rompant en effet avec les lois de République qui régissent la propriété communale et le rapport des municipalités avec les associations d’intérêt général, F. le Bohellec feint de s’indigner que le ville prête gratuitement des locaux aux associations et aux syndicats, et ce depuis 53 ans (et non « 30 ans »), alors que cette pratique courante, dans notre « République sociale » (art. 1 de la Constitution) est précisée par la loi (L 2125-1, L 1311-18, etc.) Et la loi précise que seul le conseil municipal (pas le maire !) pourrait décider de renégocier le loyer et les charges de la Bourse du travail, et même éventuellement la vendre. Et que oui, au bout de 5 ans, les syndicats peuvent considérer « ce privilège d’être logé gratuitement » (selon Monsieur le Bohellec, malheureux SDF sans doute) comme un droit acquis, et exiger une indemnité si on leur enlève ce local. (Voir toutes ces lois dans notre article précédant).

Et ça n’a rien de scandaleux ! Cette Constitution, ces lois datent du Général de Gaulle, qui n’était pas un communiste-au-couteau-entre-les-dents (et d’ailleurs F. le Bohellec s’est jadis réclamé du gaullisme social…). La République, et ses institutions telle que la commune, qui collectent les impôts des gens, garantissent l’activité des syndicats et des associations tout comme l’exercice des cultes ou du sport, en mettant gratuitement à leur disposition des locaux, des églises, des stades, des rues, tout simplement parce que les gens peuvent être salariés, croyants, footballeurs ou cyclistes.

Tiens ! Déjà moins de mensonges que devant le tribunal ?

F. le Bohellec ose encore s’abriter derrière un jugement du Tribunal administratif arraché en une semaine en plein mois d’aout, alors que les syndicats n’ont même pas pu présenter leur défense (quand ils ont été informés de ce procès !). Pourtant sa requête s’appuyait sur deux énormes mensonges, que le tribunal n’a pas pris le soin de vérifier (tant c’est énorme, de la part d’un maire) : 1. que les syndicats occupaient le 16 rue Jean-Jaurès sans droit ni titre, 2. Qu’il fallait statuer en urgence, parce que la Bourse du travail allait être vendue « pour financer l’école des Réservoirs ».

Mais, dans ce tract, il n’ose plus le dire, car ces mensonges sont sur la place publique et entre les mains du Préfet. D’où l’appel des syndicats en Cours administrative d’appel.

Voici le texte (visé par un préfet du Gal de Gaulle !) par lequel le Conseil municipal de Villejuif crée la Bourse du travail, 16 rue Jean Jaurès, le 8 novembre 1963 :

PDF - 1.7 Mo
1963

Et voici les engagements réciproques des syndicats et de la Ville, précisés 20 ans plus tard par arrêté et jamais amendés depuis :

PDF - 1.3 Mo
1986

Quant à la vente de la Bourse du travail, il n’en a plus jamais été question depuis l’engagement solennel de F. le Bohellec du 4 février 2015 de ne pas y procéder ! Seul d’ailleurs le conseil municipal pourrait en décider. Pas Monsieur le Bohellec.

« Occupation de la mairie » par des élus communistes ?

Alors oui, il y a eu « manifestation après manifestation » (le droit de manifester serait-il supprimé à Villejuif ? ), « occupation de la mairie ». Nous l’avons déjà décrite, nous avons donné notre avis.

Franck le Bohellec ose encore parler de « prise d’otage », d’ « actions intolérables qui empêchent le fonctionnement de la puissance publique » (son action contre la Bourse du travail relève plutôt de la « voie de fait » que de l’exercice de la puissance publique !) Il insinue (moins clairement, toutefois, qu’auparavant) que des violences ont été commises. Mais il n’ose plus parler de « pillage », ou que les occupants auraient « cassé des meubles pour se barricader », il n’ose plus suggérer, comme dans son premier communiqué, qu’un adjoint au maire a été défenestré (« Un adjoint au Maire, qui s’était retrouvé quelques instants plus tôt bousculé dans le bureau du Maire, est tombé inconscient sur le parvis et a dû être évacué par les pompiers.).

Cet adjoint au maire, Alain Caporusso, était tout simplement monté accompagner une délégation des syndicalistes jusqu’au bureau du maire afin de rouvrir le dialogue, et il a témoigné ensuite que « L’ambiance était même bon enfant. » !

Dans cette « ambiance bon enfant », certains syndicalistes ont paru confondre le premier étage de la Maison du Peuple de Villejuif (quels qu’en soient les élus) avec la Direction du personnel d’un patron voyou, et se sont filmés en tenant des propos sur nos locaux qui ont pu choquer des Villejuifois. Mais leur film montre qu’ils restaient très calmes, souriants, respectueux des installations, sous l’œil impavide de notre police municipale, elle aussi à l’étage !

Alors pourquoi en reparler dans un tract, un mois après ? Pourquoi remonter sur ses grands chevaux contre le communisme à nos portes, que dis-je ! « dans "mon" bureau » !? Parce que, dans la délégation des syndicalistes, il y avait en effet un élu municipal communiste, par ailleurs entraineur sportif villejuifois, et que ça permet de faire un tract contre le PCF.

Alors que toute la « violence » venait du coup de force totalement illégal de Franck le Bohellec, commis le 28 juillet 2017, quand Villejuif était en vacances…

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