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25 février 2017
Alain Lipietz

Le débat sur la seconde mosquée est lancé

Devant une foule considérable, le président de l’Association des Musulmans du Val de Bièvre et le maire ont présenté le projet. Nous y sommes plutôt favorables, avec deux grosses réserves.

Le Parisien-94 et 94-Citoyens ont remarquablement rendu compte du projet et de l’ambiance de cette présentation, avec photos ! Donc, ici, juste quelques commentaires plus politiques.

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Photo Le Parisien
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Photo 94-Citoyens

1. Petit rappel : avant 2014

Pendant des années, la majorité communiste a bloqué la construction de la première mosquée par l’association cultuelle Rachad. Celle-ci avait acheté un terrain avenue Youri Gagarine, dans le sud de Villejuif, avait les fonds pour construire, mais pas de permis ! Ils ont dû se contenter de planter une tente sur leur terrain, jusqu’à ce que la situation se débloque. Il y a maintenant une jolie petite mosquée… pleine comme un œuf !

Villejuif-Autrement (ancêtre de l’Avenir à Villejuif) avait soutenu Rachad. Depuis, nous sommes restés en très bons termes avec cette association aussi pieuse que d’esprit parfaitement républicain (voir ici le discours de son président Saïd Badaoui lors de l’anniversaire du meurtre d’Aurélie Châtelain).

Se rendant compte du tort causé pendant de longues années à la communauté des musulmans pratiquants, Mme Cordillot a voulu redorer son blason en suscitant, à partir de trois organisations existantes, une association cultuelle concurrente à Rachad (ce qui ne pose aucun problème juridique ni théologique !), l’Association des Musulmans de Villejuif (AMV), elle –même s’associant à d’autres de L’Haÿ et du KB dans l’Association des Musulmans du Val de Bièvre (AMVB). Elle l’a notamment aidée en lui sous-louant (quasi-gracieusement) un local rue Roger Morinet (centre-ville), en traitant à chaque occasion la mosquée Rachad d’ « islam des caves » et de « lieu indigne », puis en offrant à l’AMV un énorme cadeau à la veille des élections d’avril 2014. En échange d’un tract de soutien, la mairie achetait en effet, pour 2,1 millions d’euro, l’ancienne gendarmerie (sur la Nationale 7) au Conseil général du 94, qui initialement voulait en faire un lieu d’accueil pour famille sans logis. Puis elle louait ce terrain à l’AMV pour… un euro par an, en « bail emphytéotique » (à 99 ans).

Nous, Avenir à Villejuif, avons contesté ce projet. Non par hostilité envers l’AMV, avec qui nous sommes plutôt en bons termes, mais pour respecter les principes de la laïcité à la française, définie par la loi de 1905 :
Article 1. La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public.
Article 2. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

Bref : liberté des cultes défendue par la République, mais pas de financement de ces cultes. Le devoir de « garantir la liberté de culte » se limite donc à : aider à trouver un terrain, mais pas le subventionner.

La mosquée Rachad, la salle de prière Morinet étant saturées, et cette dernière étant une charge indue pour la ville, il était légitime que de nouveaux lieux soient ouverts au culte musulman (les catholiques disposent de 4 lieux dans Villejuif).

Mais cette mosquée à la Gendarmerie posait deux problèmes.

D’une part, la violation de la laïcité : ce don de 2,1 millions, payés par les contribuables alors que la Ville est en crise financière.

D’autre part : sa localisation, juste à coté de l’église copte, sur la Nationale 7. Outre le fait que cela poserait de sérieux problèmes de stationnement et même de circulation (surtout le vendredi !), les Coptes, une branche égyptienne du christianisme qui ont fui l’Égypte ces dernières années du fait de persécutions islamistes, étaient totalement hostiles à la construction de la deuxième mosquée à proximité immédiate de leur église.

On nous a objecté alors qu’il n’y avait pas de raison que les conflits du Proche Orient se transposent à Villejuif. Quelle ignorance des aspects sombres de la nature humaine ! La tentative de mitraillage des églises de Villejuif, commandité depuis Syrie, miraculeusement enrayée par le sacrifice d’Aurélie Châtelain, a montré jusqu’où pouvait mener l’obscurantisme.

Nous nous sommes donc engagés, si nous étions élus, à rendre l’ex-gendarmerie à sa vocation de logement très social, et à proposer une autre implantation à l’AMV pour une seconde mosquée.

2. Qu’avons nous fait depuis 2014 ?

C’est d’abord via l’Association des Riverains du quartier Aragon, largement représentée sur notre liste, que nous avons poursuivi ces objectifs. Il fallait rompre le bail signé à l’AMVB par la majorité de Mme Cordillot. Un des recours déposé par l’Association Aragon a abouti : le tribunal administratif a annulé la vente de l’ex-gendarmerie à la Ville de Villejuif. Le bail devient donc inopérant et le Ville ne doit plus rien au département.

Parallèlement, Natalie Gandais, alors première adjointe en charge du l’urbanisme et du logement, négociait avec une association agréée (Habitat et Humanisme) la reprise de ce bâtiment pour le rendre à sa vocation d’hébergement d’urgence des familles.

Enfin, elle demandait aux services municipaux d’identifier des sites possibles pour la seconde mosquée, selon plusieurs critères. D’abord un critère géographique : plutôt au nord, puisque la première mosquée est dans le sud. Puis un critère d’accessibilité : le plus près possible d’une station de métro, pour éviter un surcroit de circulation automobile. Enfin un critère de prix : il fallait un terrain maitrisé par la Ville (ou le SAF) afin que le prix reste abordable pour l’AMV. Étant entendu que nous défendrions ensuite le droit de construire la seconde mosquée, mais sans l’argent des contribuables.

Trois sites furent ainsi identifiés, le maire se réserva la négociation avec l’AMVB, mais il est clair que le jugement du tribunal annulant la vente a joué un rôle décisif.

Et donc finalement : l’AMVB a choisi la solution du 77 avenue de Paris, dans une contre-allée de la RD 7, à deux minute de marche de la station de métro Léo Lagrange, et présentait ce mercredi une première ébauche architecturale.

3. Ce que nous en pensons : le pour

Nous sommes intervenus dans le débat du mercredi, posant deux questions-clés. Le jeudi le conseil d’administration de notre association s’est réuni pour « débriefer ». En l’état, notre position est plutôt favorable.

D’abord la localisation. C’est probablement la meilleure : la plus proche du métro, mais pas directement sur la Nationale 7. Le projet prévoit en outre, contrairement aux églises, un parking souterrain de 60 places (entrée par la contre-allée, sortie par Henri Barbusse). On peut extrapoler des problèmes minimes, à partir de la fréquentation de la salle rue Roger Morinet (qui n’en pose pas) :

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Frequentation

Ensuite l’architecture. Le projet est plus modeste, plus discret que le précédent, ne serait-ce que parce que, à égalité de budget, l’AMVB doit cette fois acheter le foncier !

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Description

La façade, inspirée du style de l’Institut du Monde Arabe à Paris (ou du Mucem de Marseille), est très élégante. Elle abrite un restaurant, des salles de conférences.

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Projet de façade

Elle donne accès à une cour intérieure où l’on aperçoit la traditionnelle fontaine aux ablutions. Il n’y aura donc pas de rassemblement sur les trottoirs : les fidèles, les visiteurs, les enfants auront toute la place pour bavarder à l’intérieur.

C’est depuis cette cour qu’on entre dans la mosquée proprement dite, qui n’est pas visible depuis la rue. Tous les toits-terrasses seront végétalisés (ce qui est désormais obligatoire selon le nouveau PLU), on prévoit même des ruches !

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Volumes envisagés

Sur le respect de la laïcité : le terrain est une réserve foncière, propriété du SAF, qui arrive à échéance fin mars 2017. La Ville doit alors ou le racheter, ou indiquer au SAF à qui le revendre, et l’AMVB achètera. Contrairement au dispositif Cordillot, la Ville ne devrait rien payer.

4. Le débat et nos points de vigilance

Le débat fut âpre ce mercredi, mais finalement assez maitrisé.

Comme partout se manifeste une opposition épidermique aux mosquées, compréhensible par les temps qui courent où certains amalgament la religion musulmane et djihadisme. Un homme, se présentant comme « élu régional du Front National venu défendre les habitants », est rabroué par la foule. Notre ville est jusqu’ici globalement préservée des haines interconfessionnelles, et il faut en remercier les différentes communautés religieuses, y compris Rachad et l’AMV. Résistance de Villejuif qui s’est manifestée lors du meurtre d’Aurélie.

Même ceux qui s’inquiètent des mosquées savent qu’il faut exprimer leur réticence sous une forme « correcte » : « Mais nous avons besoin de foncier pour le logement, pour les commerces, pour le sport ! Le bas-Villejuif est depuis toujours à l’abandon ! Est-ce bien prioritaire, un lieu de culte ? » Cet « abandon du Bas de la Côte » n’est pas faux (le calvaire des ZAC Pasteur a laissé des traces), mais pas tout à fait vrai ! À quelques dizaines de mètres il y a : une crèche, un groupe scolaire, un collège, un supermarché Casino, le stade Gabriel Thibault (ex-Joseph Staline), le parc Emile Zola, le Mur d’escalade et bientôt un Dojo, et nous sommes justement dans une des deux Maisons Pour Tous de la Ville : Jules Vallès. Quant aux logements supplémentaires, nous avons plutôt l’impression que ce quartier est déjà particulièrement dense.

Le fond de la question, c’est que les croyants pensent qu’un lieu de culte est le besoin le plus important de leur vie. Comme le dit une Villejuifoise en foulard : « Je suis ici depuis 50 ans, j’étais là avant beaucoup de ceux qui sont ici, et j’ai besoin de cette mosquée ! »

J’interviens sur deux problèmes : le prix auquel l’AMVB achètera le terrain, et la question de l’Auberge des Idées et du Portail, actuels occupants précaires du site, qu’il faudra reloger AVANT tout accord définitif sur la mosquée.

La question du prix étant évoquée à plusieurs reprises, le maire est obligé de répondre : « Ce sera le prix des domaines, il n’y aura pas de subvention déguisée, je respecterai la loi de 1905. »

Mais le plus épineux est cette question des actuels occupants à titre précaire (le bail précaire s’achève le mois prochain !). Avec le même statut que le Chêne, Le Portail est un « lieu » ouvert, où est venue se réfugier L’Auberge des Idées, le propriétaire privé de l’immeuble qu’elle occupait ayant désormais d’autres projets.

C’est là-dessus que le débat est le plus vif.

D’entrée de jeu, c’est Rakya, bénévole de L’Auberge des Idées, qui, furieuse, énumère les contributions exceptionnelles de cette association à la vie du quartier : aide aux devoirs, préparation des concours, débats, spectacles. J’en suis convaincu, ayant récemment participé à une très émouvante soirée de solidarité France-Algérie organisée par l’Auberge, déjà repliée au Portail.

Mais l’une des responsables de l’Auberge affirme sa confiance dans le maire pour reloger l’Auberge ailleurs. C’est là-dessus que nous voudrions tempérer sa confiance...

Poussé à bout par une série d’interventions en faveur de l’Auberge des Idées, le maire intervient à nouveau : « Je prends l’engagement solennel de reloger l’Auberge des Idées. Le bail précaire se termine le mois prochain, je vais négocier avec le SAF un prolongement de ce bail pour se donner le temps de trouver à L’Auberge un autre lieu. »

Problème : c’est exactement ce qui aurait dû se passer avec Le Chêne. Promesse de retrouver un local (voté en novembre 2015 en conseil municipal), efforts de Natalie Gandais pour trouver des solutions, puis plus rien après son éviction, fin du bail précaire du SAF au 30 juin 2016, vote d’une prolongation de un an du portage foncier par le SAF… et en même temps ouverture clandestine par le maire d’une demande d’expulsion le 26 octobre 2016 !

Le problème de F. le Bohellec, c’est qu’à force de mentir plus personne ne le croit, même quand par hasard il est sincère. Il doit donc s’égosiller à plusieurs reprises sur la scène : « Je prends devant vous tous l’engagement solennel de reloger l’Auberge des Idées !!! » Promesse réitérée sur le site de la Ville. On verra.

Comme le remarque notre amie Nicole Delmas dans son intervention :

« Le problème, c’est qu’à force de fermer : Le Chêne, l’Auberge des Idées, le Portail, la Maison des Associations, il ne va plus y avoir de lieu pour se réunir, débattre, faire de la musique à Villejuif. Quand je vois ce qu’a fait une ville trois fois plus petite, Arcueil, avec la friche Anis Gras ! »

Arcueil, c’est un maire EELV et il y avait Lyne Rossi

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