L’Avenir à Villejuif
Écologie - Démocratie - Solidarité

Categories

Accueil > Actualités > Le scandale de la Halle des sports au Conseil municipal

Conseil municipal du 8 avril 2016 (3)

Imprimez !
15 avril 2016
Alain Lipietz

Le scandale de la Halle des sports au Conseil municipal

Il s’agit de voter la vente du terrain au promoteur que nous croyons favorisé. On débat du fond pour la première fois, avec d’étranges déclarations du PCF et du maire.

Petit rappel

Vous connaissez l’histoire (sinon, c’est ici.) Le 18 janvier a eu lieu la fatale réunion de la Commission d’appel d’offre (CAO) qui a choisi d’attribuer le marché de la Halle des Sports au projet « officiel » Demathieu et Bard (DB), après 21 mois de résistance de Natalie Gandais qui voulait un concours honnête. La nuit précédente, le maire et E. Obadia, au nom des trois autres groupes, avaient menacé Natalie de destitution si elle ne signait pas une rétractation de ses soupçons. Ce jour-là, la droite et Mme Cordillot avaient voté pour le projet DB, Natalie a dénoncé le chantage, voté contre DB et saisi le procureur. Elle a été destituée le 12 février, d’où l’éclatement de l’Union citoyenne et notre départ de la majorité.

Ce candidat « officiel » du maire et d’un de ses maires adjoints, introduit dès les tous premiers jours (en avril 2014), avait « fusionné » avec l’architecte qui avait fait la pré-étude en 2013 pour Mme Cordillot, le cabinet Tougeron, auteur de plusieurs bâtiments récents dans Villejuif (collège Aimé Césaire etc).

Il faut maintenant voter la vente du terrain à l’équipe DB/Tougeron et l’acquisition de la coque du futur gymnase (plus : 5 mystérieuses places de parking). C’est la première discussion sur le fond de l’affaire : jusqu’ici le conseil municipal a seulement discuté si Natalie Gandais a eu raison d’obéir à l’article 40 du code de procédure pénal, et si les 3 autres groupes de feue l’Union citoyenne ont eu raison de la débarquer (au lieu de stopper les manœuvres de favoritisme).

Lors de ce débat du 12 février, le 12 févier, le PS, le PCF et le MRC ont soutenu la position du maire : c’est celle qui signale qui doit partir. Seul le Parti de Gauche a félicité la « lanceuse d’alerte ». Mais tous ces groupes se sont abstenus, le PCF refusant même de prendre part au vote sur la destitution de Natalie.

La curieuse déclaration de Mme Cordillot au nom du PCF

Nous nous attendons à ce que tout les groupes issus de l’ancienne liste de Mme Cordillot s’abstiennent, pour ne pas se déjuger de leur vote du 12 février. L’argument est facile, et ce sera celui de Sophie Taillé-Pollian pour le PS : On s’abstiendra car la justice est saisie, et des éléments ont été soulevés sur cette affaire.

Mme Cordillot prend la parole au nom du PCF. Son groupe s’abstiendra pour une toute autre raison : J’ai approuvé le choix du projet en CAO. Mais je regrette que la mise en concurrence ait conduit le promoteur à acheter le terrain à la municipalité pour 3,5 millions de plus que ce qu’il escomptait, ce qui va contribuer à faire monter le prix des terrains dans Villejuif !

Moment de stupeur dans l’assistance. Une communiste vient de reprocher à une Ville d’obtenir trop d’argent d’un promoteur, grâce à la mise en concurrence, alors qu’elle aurait pu lui faire cadeau de 3,5 millions d’euros en lui cédant le terrain de gré à gré… Le monde à l’envers.

Natalie Gandais intervient au nom de notre groupe. Intervention en deux parties. D’abord, nous sommes convaincus qu’il y a eu favoritisme, cette affaire a provoqué notre départ de la majorité, donc, vendre le terrain au promoteur suspecté : nous étions contre, nous restons contre. Elle développe un point de suspicion parmi bien d’autres : l’apparition des 5 places de parking.

Mais Natalie répond en outre à l’argument de Mme Cordillot contre la mise en concurrence, pas du tout sur son vote en CAO en faveur de l’attribution à DB-Tougeron, mais pour s’étonner du reproche qu’il ait à payer 3,5 millions de plus au bénéfice du budget de la ville. Elle rappelle qu’en proposant d’acheter le terrain au même prix, un autre candidat proposait de vendre les appartements 200 euros moins cher au mètre carré. Si donc on avait vendu de gré à gré à DB, la Ville aurait perdu les 3,5 millions, en plus du fait que les acheteurs Villejuifois des 8500 m2 de plancher auraient de toute façon perdu 1,7 millions (par rapport à ce qu’aurait donné une concurrence non faussée par le favoritisme) : la marge de 3,5 millions aurait donc enrichi ... la poche des actionnaires.

Voici son intervention :

PDF - 47.6 ko

Il se produit alors un phénomène étonnant : les groupes de la majorité le Bohellec annoncent qu’ils voteront pour « car la justice ne doit pas être suspensive » (P. Vidal), E. Obadia reprenant ses menaces contre Natalie Gandais. Mais aussi : ils font bloc autour de Mme Cordillot, soulignent son attitude positive en CAO, comme si Natalie Gandais l’avait accusée de participer à un délit de favoritisme en bande organisée où eux seraient impliqués !

J’interviens alors pour recadrer ce point du débat, et suis bien obligé de faire un petit détour par la théorie classique (et marxiste) de la rente foncière et du prix des sols. Le promoteur cherche d’abord à savoir à quel prix il peut espérer vendre son produit (la « capacité de payer de l’acheteur, dans tel quartier »), il en déduit le prix de la construction, rajoute une marge « normale », et il en résulte le prix maximum auquel il peut acheter le terrain : c’est la rente foncière. Si le propriétaire foncier (dans ce cas : la ville de Villejuif) est assez ignorant ou complice pour demander moins que ce prix-là, la marge bénéficiaire augmente dans la poche du promoteur.

Brader de gré à gré, à bas prix, des réserves foncières à des promoteurs amis, surtout à des promoteurs qui vendent plus cher que le « prix du quartier » aux habitants, n’est donc rien d’autre qu’un cadeau de la collectivité aux actionnaires de la promotion immobilière. Au contraire, organiser une vraie concurrence entre promoteurs rapporte plus d’argent à la ville, ce qui lui permet de financer une politique en faveur des classes populaires et de l’intérêt général. C’est le principe même des réserves foncières.

Les insinuations de M. le Bohellec

Parallèlement à ce débat théorique (mais de haute portée pratique : va-t-on recommencer à vendre de gré à gré les terrains de Villejuif à des amis ?), s’intercale l’étrange réponse du maire F. le Bohellec à Natalie qui vient d’évoquer l’enquête judiciaire.
Il lance d’un air entendu : Je sais des choses ! Quand on m’interrogera , j’aurais des éléments à dire, héhé !

Ce qui fait bondir Gaëlle Leydier (Parti de Gauche) : Les menaces de MM. Obadia et le Bohellec ne nous impressionnent pas. M. le maire, vous en dites trop ou pas assez ! Si vous savez des choses, dites-les !

Les élus du fond de la salle (les groupes d’opposition, dont nous), hilares, pressent F. le Bohellec : Allez-y ! parlez ! dites ce que vous savez !

F. le Bohellec, cramoisi, se résout à bafouiller quelques précisions : Je vous déclare que je n’ai toujours pas rencontré les 3 promoteurs ! Alors que certaines personnes ont essayé de monter des coalitions !

L’opposition s’esclaffe. Seuls quelques uns d’entre nous devinent à quels soupçons le maire répond.

On vote. Nos 7 voix contre, absentions des groupes issus de la lite Cordillot. Le terrain est vendu à DB.

****

Le compte-rendu de ce conseil municipal est en 4 parties :

1. Un budget-fantôme est voté

2. Contre l’aggravation de la hausse des impôts locaux.

3. Le scandale de la Halle des sports au Conseil municipal

4. La politique urbaine de M. le Bohellec. Le vœu « Pécresse »

Partager

Vous retrouverez cette page sur internet :
http://www.laveniravillejuif.fr/spip.php?article559