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12 octobre 2015
Alain Lipietz

Jazz en Ville, toute une histoire !

Retenez dès aujourd’hui, pour le 15 octobre, votre place à Jazz en Ville
à Villejuif, désormais à la MPT Gérard Philippe, qui succède à Jazz aux Esselières. Avec le sextet Nicolas Fourgeux, ça va swinguer !

C’est une vieille histoire… Depuis 20 ans, tous les mois, la Semgest « sponsorise » le jazz à l’Espace-Congrès des Esselières en lui prêtant une salle. La Semgest est la Société d’économie mixte, très largement contrôlée par la Ville, qui gère d’une part les cantines, d’autre part « l’évènementiel » à Villejuif. Elle a fait construire ce vaste édifice, qu’elle n’a pu rentabiliser. Elle l’a alors revendu à la Ville qui le lui a aussitôt remis en fermage. Quand la Ville a besoin d’une salle des Esselières, elle doit donc payer la Semgest… et au total nettement plus cher que le fermage.

Car la Semgest est chère (environ 1000 euros la salle pour un soir, sans prestation, et c’est cher aussi pour monter des tentes pour les fêtes). Pendant des années, la Semgest encaisse donc de confortables bénéfices, de l’ordre de 400 000 euros par an, sur la Ville de Villejuif. Ce qui lui permet de sponsoriser généreusement L’Humanité, en s’y payant des pub pas vraiment utiles, mais aussi, donc, Jazz au Esselières.

Dans la situation catastrophique où l’Union Citoyenne trouve les finances de la Ville, il n’est plus question de payer 1000 euros chaque location de salle. Les nouveaux membres du conseil d’administration, reflétant la nouvelle majorité, avertissent le directeur que les commandes de salles et de tentes vont se réduire au maximum, et lui donne consigne de rechercher de plus en plus de clients à l’extérieur de la ville, et de cesser la publicité dans L’Huma. Le directeur s’acquitte loyalement de ce mandat mais avertit en retour que, dans ces conditions, il ne sponsorisera plus le jazz. Le Conseil d’administration lui donne quitus, considérant qu’il revient au directeur de choisir les décisions tactiques pour s’adapter aux nouvelles directives stratégiques.

Le bureau de l’association Jazz aux Esselières sonne le tocsin et rameute ses soutiens. Jazz aux Esselières est dorénavant un événement musical du sud-parisien qui a 200 fidèles, lesquels ont parfois déménagé en province, mais ne manquent pas une soirée ! Certains de ses responsables sont de vieux amis de Villejuif Autrement, ancêtre de L’Avenir à Villejuif, né à l’occasion des élections de 1995.

Aussitôt on se démène avec les moyens propres à la ville. Contactée, Madame Pascale Cosnier, super-dynamique directrice de la Maison Pour Tous Gérard Philipe, se dit ravie de pouvoir accueillir l’ex-Jazz aux Esselières, aussitôt rebaptisée Jazz en Ville. On achète pour la MPT le mobilier nécessaire, qui servira aussi pour les Lotos, qui quittent eux aussi les Esselières, et que nous voulons maintenir : c’est une forme de lien social, surtout pour les personnes âgées. Et hop !

Le public suivra-t-il le déménagement ? Nous l’espérons ! C’est pourquoi il est recommandé de réserver.

La vraie question : le public du quartier sud, pas vraiment initié, viendra-t-il ? Car le choix de Gérard Philipe (plutôt que de la Médiathèque, en centre-ville) est un choix stratégique : renforcer l’offre de services aux quartiers sud, en s’appuyant d’abord sur Gérard Philipe. Nous savons très bien les limites de l’exercice, qui épouse la vieille tradition gaulliste et communiste de la décentralisation culturelle : « apporter l’art dans les quartiers et les villes populaires » : Chéreau à Nanterre, Planchon à Villeurbanne, et bien d’autres MJC « Gérard Philipe » comme à Saint-Denis. Nous savons que sans animation « socio-culturelle », sans encouragement des musiques urbaines et contemporaines venues de la base, ça ne se fera pas tout seul. Mais c’est un début.

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Commentaires

3 Messages

  • Sophie Grunberg 14 octobre 2015
    11:47

    Monsieur,

    C’est en tant que salariée de la SEMGEST et en tant que directrice de l’espace événementiel des Esselières que je souhaiterai répondre à votre post du 12 octobre.
    Vous faîtes la promotion de Jazz en Ville et vous avez raison car c’est un événement culturellement fort et fédérateur puisqu’il réunit depuis 20 ans, autour d’artistes de grande qualité, 150 personnes chaque mois.
    Je regrette juste que vous n’en ayez pas fait davantage d’éloges auparavant.

    Comme vous le rappelez la SEMGEST est en contrat avec la ville concernant l’organisation de tous les événements de celle-ci.
    Vous avez décidé à votre arrivée en 2014 de réduire vos dépenses événementielles (et nous ne contestons pas votre choix), ce que vous avez atteint puisque le budget des événements (qui avait déjà été réduit de 20% sous l’ancienne municipalité) a baissé de 50% en un an.

    Quand une société perd du chiffre d’affaire de façon aussi spectaculaire, deux solutions se présentent.
    Accroître le chiffre d’affaire avec d’autres clients et/ou réduire ses dépenses.
    Ce sont les deux axes qui ont guidé nos décisions ces deux dernières années : ne pas supprimer de poste mais réduire au maximum nos dépenses et mettre en place un développement commercial fort.

    C’est le cœur très lourd que nous avons décidé d’arrêter l’organisation de Jazz aux Esselières. C’est une manifestation que nous aimions sincèrement et tous ceux qui y venaient (organisateurs comme spectateurs) peuvent témoigner de la qualité de l’accueil que nous leur réservions.
    Nous avons accueilli les artistes et les membres de l’association pendant 20 ans, vous pouvez sans peine imaginer les liens qui se créent dans une durée si longue.

    Nous sommes sincèrement tristes de ne plus accueillir ces multiples manifestations culturelles qui apportaient de la vie et de l’animation dans ce quartier qui en compte si peu.

    Vous nous attaquez sur le prix de nos salles en écrivant « La SEMGEST est chère (…) 1000€ la salle pour un soir ».
    Les Esselières font pour la deuxième année consécutive leur meilleur chiffre d’affaire en organisant au sein de nos espaces 350 événements chaque année.
    Ces 350 clients (entreprises et particuliers) sont-ils donc complètement fous ou mécènes pour louer des salles à des tarifs prohibitifs ?
    Ce sont des clients qui connaissent, eux aussi, des restrictions budgétaires et savent que nos prix sont ceux du marché en ayant étudié les prix de location de salles.
    Avez-vous été faire une étude sur le prix de location des espaces événementiels ? Nous oui bien entendu ! Et c’est une veille que nous maintenons afin de rester dans les prix du marché pour continuer à louer nos salles toujours davantage.

    Je rappelle au passage qu’en sus du loyer annuel versé à la ville par la Semgest, nous vous versons une redevance sur le chiffre d’affaire (hors municipalité) que nous générons et que cette redevance s’élève depuis plusieurs années aux alentours de 180 000€.

    « C’est aussi cher pour monter des tentes pour les fêtes » dîtes-vous. Je rappelle que si, pour la location des tentes vous êtes contraints de passer par nous, rien ne vous empêche d’assurer le montage de celles-ci via les agents municipaux.
    Je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler que le travail a un coût en France et oui, un montage de nuit ou de week-end ou sur un jour férié coûte cher.

    Vous nous attaquez enfin sur les bénéfices dégagés par la Semgest. N’est-ce pas le propre d’une entreprise de devoir générer des bénéfices ? Si la Semgest avait été déficitaire, ce serait la ville qui aurait été contrainte en tant qu’actionnaire majoritaire (63%) d’éponger les dettes.
    Nous, salariés de la Semgest faisons de notre mieux pour satisfaire la municipalité comme l’ensemble de nos clients, répondant à toutes les requêtes au pied levé sans compter nos heures, nos week-ends passés au travail et sans vivre sur un train de vie indécent comme vous tendez à le faire croire, mais nous commençons à en avoir assez de votre mépris et des attaques lancées à notre égard.

    Plutôt que de servir de punching ball, n’est-il pas enfin venu le temps de se mettre ensemble à travailler comme de véritables partenaires et non comme des ennemis vivants sur de vieux phantasmes éculés (le ressassé « sponsoring de l’Humanité ») ?

    Je suis à votre écoute,
    Cordialement

    Sophie Grunberg

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    • Alain Lipietz 19 octobre 2015
      00:46

      Chère Madame
      la première partie de votre texte ne fait que répéter ce que dit mon billet, et nous sommes persuadés de votre tristesse.

      La seconde partie est en revanche une exagération pure et simple. J’écris que la Semgest est "chère" pour nous et que la ville n’a plus les moyens de se la payer. Cela ne signifie pas "prohibitive" ! Quand on est pauvre et endetté, comme l’est notre ville, on doit diminuer ses dépenses. Comme vous le faites vous même. Tous les ménages, entreprises, institutions , sont passées par là un jour ou l’autre. Je suis certain que des centaines d’autres clients ont les moyens de se payer les services de haute qualité de la Semgest, et nous vous avons, en tant que CA, encouragé à vous tourner vers eux.

      Pour notre part, nous avons les moyens de nous payer quelques tentes , quelques salles, de temps en temps. Pour maintenir un niveau raisonnable de fêtes, nous bricolons davantage, utilisons davantage nos ressources internes, le bénévolat des citoyens, et le dévouement des salariés et salariées de la Ville… C’est ce que nous avons fait pour recueillir "Jazz en ville". Ils et elles en sont très fièr-e-s.

      De même je n’ai nullement reproché à la Semgest de faire des bénéfices sur des contrats avec des clients plus fortunés que nous : en tant que membres du CA nous l’y avons fortement encouragée. Je rappelle simplement que malgré le fermage et la redevance la Semgest réalise des profits importants dans ses rapports avec la ville de Villejuif. Encore une fois nous n’en avons plus les moyens, et notre site explique abondemment pourquoi (voyez par exemple ici ou ).

      Vous nous proposez enfin de coopérer, la Ville et vous, pour faire ensemble des économies : c’est une excellent idée. Mais nous ne "ressassons" pas "les phantasmes éculés (publicité dans l’Humanité)" : nous informons nos lecteurs que dans un souci d’économie de la part de la Semgest, ils ont pris fin.
      Bien cordialement
      AL

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  • Sylvie 19 octobre 2015
    22:25

    Le Jazz à Villejuif c’est l’histoire d’un gars qui s’appelait Michel Grenier. Il était journaliste à la ville, mais surtout journaliste à jazz Hot "Le" magazine du jazz. Ce personnage connaissait beaucoup de monde dans ce milieu et il allait venir en aide à M’hamed Kahlouche (aujourd’hui chargé de l’événementiel), qui venait juste de devenir responsable de la MPT Vallès, pour faire vivre la petite salle de spectacle, il avait décidé de produire des spectacles de marionnettes en direction du jeune public, et des soirées jazz manouche pour les plus grands. Ces deux formes de spectacles correspondaient bien à la surface de cette salle, tout petite riquiqui. C’est pourquoi il était parti sur ces idées, et non pas sur des spectacles de rock ou du cinéma. Michel Grenier allait devenir sans le savoir son producteur.

    M’hamed alla rencontrer Michel Grenier pour lui dire son histoire, celle des soirées jazz manouche. Michel fonça, trouvant l’idée super. Du coup pendant des années il ramena les plus grands musiciens de jazz manouche à Vallès, même des gars qui avaient joué avec le grand Django. Très vite dans le milieu des manouches ça s’est su, et les caravanes aboulèrent les samedis soirs de concerts dans le bas quartier. Très vite aussi les soirées apparurent dans le magasine " Jazz hot ", où Michel écrivait sur elles avec passion. La MPT devint un lieu incontournable du jazz manouche, une cave à la Reinhardt.

    M’hamed fit salle comble chaque soir de concert, refusant du monde venant de la Capitale. Il avait même trouvé l’idée d’embarquer des animateurs enfance dans cette aventure. Les familles pouvaient venir avec leurs tout petits. Il s’était arrangé avec la directrice de l’école maternelle Pasteur pour qu’elle lui prête son dortoir d’enfants. De jeunes couples déboulèrent avec leur portée, les animateurs s’occupaient de leurs petiots dans la salle du centre de loisirs, leur faisaient manger un style Mc Do préparé à l’accueil de la MPT qui devenait pour ces occasions là, un fast food, et même un zinc pour les gens un peu beaucoup bourrés. Les parents dans la salle de jazz, les enfants tombés de fatigue au dortoir. Un concept qui n’exista nulle part ailleurs dans la ville.

    Le directeur de la Sem de l’époque venait souvent aux soirées jazz manouche. Il avait fait connaissance de Michel Grenier et il le persuada de faire du jazz aux Esselières, un jazz grand papa. Celui de la MPT, de jazz, était bien plus bohème. Petit à petit Michel délaissa les manouches de Vallès pour ne s’occuper que des papis des Esselières. Pour Vallès, il ne recevait pas un écu, mais il y gagna en notoriété. Tous les manouches l’appelèrent pour jouer à Vallès, parce que lorsque tu passais à Vallès tu avais ton article dans Jazz Hot magazine. La Sem de son côté crânait de sa moquette rouge et son argent qu’elle étalait. Petit à petit les cordes de guitares manouches s’arrêtèrent de vibrer en bas quartier, il ne resta plus au public que de grimper la rue Ambroise Croizat pour aller écouter un autre jazz, celui de grand papi. Et le public changea. Mais tous ceux qui fréquentèrent la MPT à cette époque-là se souviennent que Villejuif a une histoire, même modeste, avec le jazz de Django !

    Sylvie

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