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Conseil municipal du 26 novembre 2019 (3)

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3 décembre 2019
Alain Lipietz

Tranquillité : à quoi sert la video-surveillance ?

Pour la première fois le maire accepte de discuter de sa politique de déploiement des caméras. Très intrusives dans la vie privée !

Il s’agit de voter la demande d’une subvention au Conseil régional pour le déploiement de la vidéo-surveillance. Qui refuserait de recevoir une subvention ? Sauf que le Conseil régional ne paie pas tout : demander une subvention, c’est s’engager à des dépenses financées sur le budget de Villejuif. Combien exactement ? Et il y a bien d’autres problèmes !

La sécurité, c’est important

C’est notre association qui a lancé le débat dans Villejuif, dès juillet 2013. On avait besoin de médiateurs, éducateurs , animateurs, mais aussi d’une police de proximité, et donc municipale. Selon la maire de l’époque, Mme Cordillot, Villejuif avait besoin de « 127 agents en tenue et une trentaine en civil pour Villejuif ». Chiffres absurdes. Inutile de compter sur l’État pour nous les offrir (comme elle le faisait régulièrement). Si on les voulait, il faudrait les embaucher nous-mêmes, forcément beaucoup moins. Ce qui permettrait de controler mieux l’usage de leur force que celui de la Police nationale !

En revanche nous étions assez sceptiques, et nous le restons, sur la video-surveillance.

Rappelons les engagements de l’Union citoyenne de 2014, point 2 : « Sécuriser les zones de concentration urbaine et les parkings (videosurveillance) ». Cela signifiait essentiellement : d’une part les endroits où la foule se presse, d’autre part les parkings anxiogènes . Nous savions bien que toutes les études dans les pays où il y a beaucoup de caméras montrent que ça ne sert pas à grand chose alors que c’est très cher.... et empêche d’embaucher une présence humaine sur le terrain. L’horrible attentat de Nice a eu lieu dans la ville la plus « équipée » de France. Mais dans les deux cas évoqués par nos engagements, il est probable que ce soit utile de temps en temps.

Dans notre esprit : on voyait une dizaine de caméras fixées sur les sorties de station de métro et peut-être en centre ville, et pour les parkings un accord avec les bailleurs.

Un autre usage a semblé intéressant : surveiller les lieux menacés. Il y a eu au début du mandat des attaques nocturnes fréquentes contre deux écoles. Les voitures municipales et la mairie ont brulé. Probablement des « signaux mafieux », on n’a jamais su. On a mis une caméra sur l’école Lamartine, ça s’est arrêté tout de suite.

Mais cette année 2019 la violence s’est à nouveau déchainée. Les mats portant des caméras pour surveiller le « Four » (le gros point de deal rue Henri Barbusse) ont été sciés, la voiture du maire a brulé mais aussi les voitures de la police municipale, dans la propre cour intérieure de la mairie !

Bref, c’est pas efficace contre des gangs décidés, mais ça peut dissuader de petits rigolos.

Quant à la police municipale, elle a effectivement été crée, mais on se plaint dans la ville de ne pas beaucoup la voir... et avoir du mal à la joindre quand on en a besoin ! (Le maire a préféré interrompre un conseil municipal plutot qu’entendre ces critiques). Et la police nationale suit une toute autre logique que la tranquillité des habitants. Elle veut« remonter les filières de la drogue », donc elle surveille sans intervenir. Il a fallu les provocations du début de cette année, où les dealeurs se croyaient tout permis, pour qu’elle se décide à donner des coups de pied dans la fourmilière.

Inutile de préciser que, dès la fin de l’Union citoyenne et notre départ (janvier 2016), le maire était passé au tout répressif : pas plus de médiateurs et éducateurs que sous Mme Cordillot, mais beaucoup d’animateurs en moins, les « structures ouvertes » qui accueillaient les ados sont en perdition. Le rapport Spallian sur la prévention a été caviardé, la fructueuse réunion que nous avions initiée sur la violence, suite au crime des Lozaits n’a pas eu de suite. La jeunesse des quartiers difficiles est dorénavant offerte sur un plateau aux dealers. Le retour de la violence à Villejuif n’est que l’effet de cette politique.

Le débat

Tous les groupes d’opposition posent la même question : « Mais que voulez vous faire de cette demande de subvention ? » Car dorénavant le maire ne peut plus qu’expédier les affaires courantes, il doit obtenir le feu vert des oppositions.

F. le Bohellec, en extase, affiche son programme :

-  On va avoir 64 caméras, surveillant à 360 degrés, elle peuvent voir à 200 mètres comme je vous vois devante moi ! Elles peuvent faire la reconnaissance faciale et les PV, mais nous n’activerons pas ces deux fonctions. Et les écrans seront surveillés en permanence, jour et nuit !  »

Devant cette perspective de surveillance généralisée à la chinoise, même Jean-François Harel, grand amateur de nouvelles technologie en matière de surveillance, est soufflé. Avec Natalie Gandais, il fait préciser :

- Mais nous avions convenu qu’il s’agissait de revisionner les bandes en cas de délit, pas de surveiller en permanence toute la population ?
- Pas du tout ! répond le maire. Nous avons un centre de contrôle qui surveillera toute la ville en permanence. Par exemple, s’il y a un attroupement à la sortie du métro Aragon, on le signale à la police nationale qui intervient aussitôt.

Sans discuter de cette sournoise introduction du « délit d’attroupement » (à partir de combien de personnes ?), j’ironise sur les risques que courront les amours clandestines. Une ancienne partisane du maire m’a confié qu’elle s’est vue réprimandée par lui : « On t’a vue parler avec Natalie Gandais ! Je vois tout ! » .

Le maire adjoint Alain Caporusso hasarde :

- C’est vrai que ça pose un problème de respect de la vie privée...
- Le maire : Non, non, on s’efforce de positionner les caméras pour qu’elles ne voient pas par les fenêtres.

On s’attend donc à ce que les oppositions, en particulier de gauche, rejettent l’univers orwellien que nous propose F. le Bohellec. Un monde de surveillance totale, où les mots de la propagande ont le sens contraire du langage ordinaire (le maire, qui détruit les arbres et bétonne toute la ville, se présente comme un maire « vert » qui introduit la Nature en ville...)

Eh bien non ! Seuls notre groupe et le groupe communiste votons contre.

En revanche : l’élu socialiste, le « Place Publique » (Ph. Vidal), les deux « Génération.s » (pourtant alliés aux communistes pour les prochaines municipales), et le « République en Marche » votent Pour ou s’abstiennent... et font passer la demande du maire. Proximité des élections ?

En 2014 nous avions eu le courage de proposer une police municipale de proximité et un peu de video-surveillance. A l’époque, socialistes et communistes nous traitaient quasiment de fascistes. Aujourd’hui plus aucun candidat n’ose annoncer la suppression de la police municipale, mais dès qu’il s’agit de fixer des bornes pour défendre les libertés publiques, il n’y a plus grand monde.

Logo : "Big Brother is watching you" (Grand Frère te regarde), est la devise imaginée par Orwell pour un pays totalitaire, cadre de son roman 1984. Il ne s’agissait pas d’une caricature du Cambodge de Pol Pot mais de la Russie de Staline...

***­

­Le compte rendu du conseil municipal du 26 novembre est en 3 parties :

1. Désormais minoritaire, le maire expédie les affaires courantes

2. Guerre aux vélos : l’aveu

3. Tranquillité : à quoi sert la video-surveillance ?

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