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Conseil municipal du 26 nov. 2019 (1)

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30 novembre 2019
Alain Lipietz

Désormais minoritaire, le maire expédie les affaires courantes

Les oppositions votent ce qui ne pose pas problème, mais rejettent ses propositions douteuses.

La crise de la majorité, due autant aux désaccords politiques qu’aux humiliations que F. le Bohellec fait subir à certain(e)s, est telle que les oppositions sont devenues majoritaires « sur table », d’une voix. Dès le début de séance, F. le Bohellec reconnaît sa situation, explique qu’il ne souhaite pas démissionner mais expédier les affaires courantes jusqu’aux élections de mars prochain. Il demande aux oppositions « dans un esprit républicain » de bien vouloir voter ce qui relève de cette gestion courante. D’ailleurs, plutôt que de le négocier avec la nouvelle majorité, il a renoncé à son "budget rectificatif " : que va devenir tout cet argent bloqué ?

Les groupes d’opposition lui accordent ce sursis, le félicitent pour sa repentance républicaine, mais annoncent qu’ils voteront contre un nombre limité de points qui posent problème : une opération immobilière douteuse, la création de « PULP » sans les effectifs correspondants, une amende supplémentaire sur les « affichages non autorisés ».

C’est en fait 4 anciens membres de la majorité le Bohellec qui l’ont quitté. Deux ont donné leur mandat à l’opposition, 2 ont annoncé qu’elles ne viendraient pas, mais sans donner leur mandat à quiconque. Soit 21 soutiens pour le maire et 23 pour les oppositions.

L’affaire des palissades

Comme de coutume, la séance commence par la liste des « décisions du maire prises par délégation » entre deux conseils municipaux. Je fais observer qu’on n’y voit toujours pas de décision de financement de l’énorme campagne pré-électorale « Avec vous Villejuif se révèle », en violation des articles 52-1 et L 52-8 du code électoral. Violation pour laquelle j’ai adressé à M. le Préfet une demande de contrôle de légalité et demandé au maire de retirer cette campagne. (Il est probable que les problèmes judiciaires soulevés par cette campagne d’affichage sont l’explication de la coquetterie de F. le Bohellec à ne pas encore avoir déposé officiellement sa candidature, afin de ne pas avoir à réintégrer cette dépense dans ses comptes de campagne. N. Sarkozy avait eu recours à la même tactique en 2012... avec le résultat que l’on sait).

F. le Bohellec : Monsieur Lipietz, le préfet vous a répondu, par lettre du 15 novembre.
Moi : Je n’ai rien reçu.
F. le Bohellec agite un papier : La voici, adressée à la mairie
Les oppositions, rigolant : Mais vous ne nous faites jamais suivre notre courrier ! ou alors avec un mois de retard !

Je n’en saurai pas plus, il me faudra à nouveau écrire au préfet.

Le diagnostique santé

On passe aux premiers rapports, qui relèvent effectivement de la gestion courante : mesures diverses sur la politique de santé, en fonction d’un « diagnostic de santé » déjà ancien (2015). Les oppositions, devenues majorité, demandent qu’on leur communique ce diagnostic, au moins en pdf.

Mais F. le Bohellec se croit toujours « Moi Monsieur le Maire Maitre du Monde », et refuse. Son adjoint E. Obadia, qui va se montrer dans ce conseil le plus hargneux contre la situation nouvelle, nous lance « Il est sur la site de la Ville, vous n’avez qu’à regarder ! »

Aussitôt, j’interroge mon portable, fait rechercher « diagnostic » sur le site de la Ville , lit les deux premiers titres qui y figurent , à l’hilarité générale. F. le Bohellec et E. Obadia, à nouveau pris en flagrant délit de mensonge, passent au point suivants. Ça commence bien...

(Alors que j’écris ces lignes, je vérifie : tiens ! Le diagnostic de santé est bien, aujourd’hui évoqué sur le site... en deux lignes. Et ce, sur un billet « mis à jour »... le 28 novembre 2019. Hihi !)

Victoire posthume rue Saint-Roque

Une quinzaine de votes défilent sans problème. On arrive au vote sur l’utilisation par la ville d’un vieux puits en centre ville, pour l’arrosage. Les oppositions demandent les analyses de cette eau (le puits est à proximité d’une ancienne usine) et veulent vérifier la compatibilité avec la loi sur l’eau. Le maire répond avec hauteur qu’il a toutes les autorisations. Son adjointe Mme Casel (qui fut Verte) estime que c’est un peu fort que des écologistes s’opposent à l’utilisation d’une eau gratuite : elle n’a visiblement pas suivi les combats des écologistes à propos de l’ eau). Une élue écologiste s’abstient. Égalité des votes, ça passe avec la voix prépondérante du maire.

On arrive à la « mise en alignement de la rue Saint-Roque » (déjà votée il y a plus de 80 ans). Natalie Gandais fait préciser si ça concerne bien le « cabanon Speedy » qui dépasse sur la chaussée, dernier combat d’un riverain, Monsieur Larhant. La répnse est Oui. « Alors, dit Natalie, c’est une victoire posthume de Monsieur Larhant »

Monsieur Larhant est en effet décédé récemment. Le maire aura attendu sa disparition pour lui donner raison (reste à passer aux actes...) Est-ce parce que Monsieur Larhant manifestait trop de sympathie à notre égard ?

Cession d’une réserve foncière à un promoteur

C’est le premier affrontement prévu : il sort évidemment des « affaires courantes ». Il s’agit d’une de ces nombreuses opérations négociées par le maire dans son bureau, sans appel d’offre ni débat en conseil municipal sur le projet. C’est Faubourg Immobilier qui bénéficie de cette faveur. Un promoteur qui s’est déjà distingué en apposant sa signature sur une affiche de la pré-campagne de F. le Bohellec « Avec vous, Villejuif se révèle ». Le maire se défend en vantant la qualité du projet « négocié avec la Chambre de Commerce ». Mais la question n’est pas celle des acheteurs finaux, le problème est le choix et du promoteur, et du projet lui-même.

On vote en deux temps : une résolution rachetant le terrain au SAF (syndicat qui « garde en pension » nos réserves foncières), une autre pour revendre à Faubourg Immobilier.

Premier vote. Stupéfaction : le maire l’emporte d’une voix. C’est l’un d’entre nous, Patrick Stagnetto, qui a appuyé sur le mauvais bouton. Il demande à rectifier son vote. F. le Bohellec, oubliant le pacte qu’il a lui-même proposé en début de séance, tente de passer en force. Il refuse et lance le second vote, qu’il perd évidemment. Il s’emporte « Vous avez voté qu’on achète le terrain et qu’on ne peut pas le revendre ! » Les oppositions protestent : c’est lui qui a provoqué ce pataqués : qu’il rectifie le vote de Patrick ! E. Obadia rétorque « La loi interdit de rectifier un vote. »

C’en est trop. Deux personnes parmi les élus ont infiniment plus d’expérience des procédures démocratiques que F. le Bohellec et E. Obadia réunis. J’ai siégé dix ans au Parlement européen : on a toute la journée pour corriger une erreur de bouton. J’avertis que si le maire persiste dans son coup de force nous voterons systématiquement contre tous les rapports qui suivront. La sénatrice Sophie Taillé-Polian lit le texte du Sénat sur les corrections de vote.

Visiblement les autres amis du maire commencent à paniquer devant le coup de folie de F. le Bohellec et E. Obadia. F. Le maire décide une suspension de séance de dix minutes : au retour, il a capitulé et accepte de corriger le vote de Patrick.

L’affichage « non autorisé »

Nouveau clash programmé : le maire veut faire voter une « redevance pour l’enlèvement et le nettoyage des dépôts sauvages et des affichages non autorisés ». Évidemment pas de problème sur les dépôts sauvages, en revanche gros problème sur la notion de « affichage non autorisé ». Nous demandons et obtenons la distinction des deux sujets.

En effet, le maire a non seulement réduit à presque rien les panneaux d’affichage « libre » (et assez systématiquement à la périphérie de la ville) , mais en plus...il les fait effacer régulièrement par une entreprise privée !

Reste quoi de « non interdit » ? Car, faut-il le rappeler, en France ce qui n’est pas interdit est autorisé, et pas l’inverse.

J’interviens pour rappeler le Code de l’environnement (article L 581-14) : en gros , il reste les palissade de chantiers, du momnet qu’elles sont « opaques » . Et c’est effectivement ce que fait F. le Bohellec avec sa campagne « Avec vous etc » : il utilise, ou il fixe sur les grilles de chantier , des panneaux opaques qu’il couvre de ses immenses affiches pré-électorales. On a donc le droit de coller sur ces affiches ! Mais on peut compter sur le Bohellec pour imposer sa « redevance » (qui s’ajoutera aux « amendes ») sur tout affichage des listes différentes de la sienne pendant la campagne municipale.

On vote contre : c’est rejeté.

Rejet des PULP sous-dotés en personnel

C’est le dernier « Non » programmé par les oppositions. Le maire a le projet d’agrandir les bibliothèques des deux Maisons pour Tous (Jules Vallès et Gérard Philippe) en unités plus ambitieuses, les « Petites Unités de Lecture Publique » prêtant aussi des DVD etc. Il a même déjà affiché sur place sa campagne « Avec vous etc ».

Bonne idée, sauf qu’il faut d’abord en débattre, et le voter. A nouveau, deux rapports pour ça, l’un crée les PULP, l’autre crée... un poste de coordinateur. Et pas de poste nouveau de bibliothécaire ! Il s’agit donc de l’agrandissement bidon d’un service municipal existant, en vue de la campagne municipale, mais sans les moyens de fonctionner. Et le maire refuse de nous dire l’avis des délégués du personnel en Comité Technique (ils étaient contre, évidemment).

Protestations des oppositions : on voudrait bien créer les PULP, et pourquoi pas un « coordinateur », mais il faut du personnel pour les animer ! Maladroitement, le maire adjoint à la culture, Alain Caporusso, en rajoute une couche. Il insiste justement sur l’extension du travail à faire : la surface va doubler, le temps d’ouverture au public augmente de 45 % ! Avec donc des heures sup ?

On vote pour le coordinateur, mais contre la crétaion des PULP en l’état. F.le Bohellec n’a plus qu’à retirer ses affiches « Avec vous etc.. ».

Le voeu ADP à la trappe

Tous les sujets « à problème » sont passés, il reste à la fin une dizaine de votes de routine, et le vœu sur le referendum ADP. Il est 1 heure du matin, déjà 5 heures et demie de débats, mais, à part la crise de F. le Bohellec et E. Obadia sur le mauvais bouton de vote, ça s’est plutôt bien passé maintenant que les oppositions sont majoritaires. Puisqu’on n’a plus besoin de leur présence, trois de notre groupe, qui doivent se lever très tot, vont se coucher sans faire tomber le quorum.

La dizaine de rapports de routine passent sans problème en une demi-heure !

Arrive le vœu qui demande la participation de la Ville à la campagne de signatures pour décider l’organisation d’un referendum sur la privatisation d’Aéroprts de Paris. Attention , il ne s’agit pas encore de voter pour ou contre la privatisation, d’ailleurs c’est un élu de La République en Marche qui présente ce voeu de soutien à l’organisation du référendum. À l’Assemblée Nationale, LaREM a voté pour la privatisation, les gauches et LR (le parti du maire) ont voté contre, et pour réclamer un référendum. Donc normalement pas de problème, tout le monde est d’accord pour le voter ?

Eh ben si ! Ce qui reste de la majorité se lève... et fait tomber le quorum. La question ne sera pas posée.

En revanche, celle de la fermeture de la piste cyclable de la Nationale 7 a été posée par Natalie. Le maire a plaidé coupable. On y reviendra.

Logo de l’article : Les six bourgeois de Calais, par Rodin.

***­

­Le compte rendu du conseil municipal du 26 novembre est en 3 parties :

1. Désormais minoritaire, le maire expédie les affaires courantes

2. Guerre aux vélos : l’aveu

3. Tranquillité : à quoi sert la video-surveillance ?

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Commentaires

1 Message

  • Alain Lipietz 4 décembre
    23:16

    Mme Yapo, maire adjointe à la jeunesse, quitte à son tour l’ex-majorité le Bohellec, s’ajoutant aux 4 autres officialisées depuis la le conseil du 26 novembre. Il est bien possible que ce soit déjà elle qui a fait chuter la majorité dans le secret de l’urne , le 30 septembre. En effet, c’est bien elle qui a écrit le email accusateur cité dans notre article de l’époque. Mais le 2§ novembre elle ne s’étaitpas jointe à la fronde des 4 autres.
    Le Parisien et surtout 94-Citoyens donnent des extraits de sa lettre de démission. Car elle quitte le conseil municipal.
    On ne peut que féliciter Mme Yapo pour sa loyauté envers les agents dont elle avait la responsabilité, et pour son esprit républicain (elle n’a pas hésité à solliciter une sénatrice du camp opposé, mais villejuifoise, pour faire visiter aux jeunes le Sénat).
    Quant à son retour sur les tentatives précédentes du maire pour sauver sa majorité, alors qu’elle ne tenait qu’à une voix, nous ne pouvons que confirmer ce qu’elle rappelle, et les dénégations du cabinet du maire sont ridicules. La presse, ou les sites des oppositions, l’avait raconté en leur temps. Par exemple :
    Pour M. Badel : http://www.laveniravillejuif.fr/spip.php?article888
    Pour M. Gaborit : http://www.laveniravillejuif.fr/spip.php?article836
    Mais il y a eu d’autres épisodes du même genre, voyez par exemple : http://www.laveniravillejuif.fr/spip.php?article860
    Depuis la rentrée et la défection de 4 membres de sa liste LR ou de celle de M. Obadia (ex liste-Harel, UDI), le maire est minoritaire et « expédie les affaires courantes ». Avec la démission de Mme Yapo (élue sur sa liste), ça fait 5. Elle sera automatiquement remplacée par François Lazard, qui fut de L’Avenir à Villejuif avant de rallier la liste Harel et lui est resté fidèle, donc très anti-le Bohellec.
    On mesure ici combien la crise dans l’ancienne majorité de droite a peu à voir avec les choix politiques ni même avec les intérêts personnels (on ne voit pas très bien sur quelle liste atterriraient ces 5 là : LaREM ?) . Ce sont des personnes lasses des humiliations permanentes que F. le Bohellec fait subir à ses propres soutiens.

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